Rockomotives 2012

Le petit rapporteur : Dan San

 An Si : Votre venue aux Rockomotives fait partie d’une tournée ou simplement une occasion de vous produire en France ?

Thomas : On a déjà tourné en Allemagne, en Suisse, notamment au Paléo Festival, en Autriche… En France, on a fait quelques dates mais jamais vraiment de tournée. Ici, c’est une date isolée. Sinon principalement en Belgique !

A S : Autre goupe belge de la programmation du festival, The K est également programmé. Vous les connaissez bien ?

Ben : Alors eux si on les rencontre on se bagarre ! (rires)

Thomas : En plus on habite la même ville et comme on est assez bagarreurs, on se castagne souvent avec eux. Notre bande contre la leur. De la bonne baston ! En plus c’est un trio donc ils sont assez faciles à mettre à terre…

Max : Et comme on est 7 !

A S : Cela ne vous énerve pas trop les idées reçus sur les belges ?

Max : (Rires) Non, ça va. Et puis tout le monde ne parle pas comme dans Dikkenek.

Jérôme : Y a pas grand monde qui parle comme ça en vrai.

Max : Mais si tu veux trouver des personnes qui ont cet accent, il faut que tu ailles dans les fêtes foraines (rires) !

A S : L’ambiance à l’air plutôt sympathique dans votre groupe, sur la route, les tournées etc, ça se passe comment ?

Thomas : Etant donné qu’on ne prend pas énormément de drogues dures, on a pas vraiment d’anecdotes de tournées. Hormis des bastons.

Max : Certains membres de notre groupe, notamment Benoit n’a aucune mémoire, donc il lui arrive toujours pleins de chose super drôles.

Gaétan : Et la fois où vous m’avez oublié à Rennes !

Ben : Ah oui, effectivement !

A S : Et quels pourraient être les défauts entre membres de Dan San qui pourraient créer une scission ?

Ben : Moi je crois qu’ils vont en avoir marre que j’oublie tout le temps tout. Et que je ne m’arrête jamais de parler…

Thomas : Et que tu ne sois jamais à l’heure (rires).

Jérome : Mon côté un peu papa que je peux avoir en disant aux autres ce qu’ils devraient faire.

Thomas : (rires) Je crois que ça va plus loin que ça ! Quand on passe un bon moment, Jérome va tout casser tout en disant ” Bon les gars un peu de sérieux, j’ai l’impression d’être entouré de gamins “.

Damien : Moi je suis pas le mec le moins fêtard du monde. Le côté blagues nulles, blagues lourdes aussi !

Max : Un peu casanier enfant !

Lætitia : Peut-être que moi je ne me lâche pas assez sur scène… Pourtant, je joue très bien quand je suis beurrée (rires) !

A S : Comme n’importe quel groupe, on associe forcément Dan San à d’autres groupes. Lesquels vous semblent le plus incongru ou ont tendances à vous hérisser ?

Max : Quelques fois on nous associe à Muse. C’est pas qu’on déteste mais ça nous interpelle surtout. On se demande pourquoi (rires) !

Damien : Une fois à Blink 182 mais je crois qu’ils se sont plantés dans la bio.

Benoit : Placebo aussi…

Thomas : On nous dit quelques fois que notre musique est très traditionnelle irlandaise et ça ça nous gène.

A S : J'ai entendu l'un des membre de Dan San dire sur le ton de l'humour que vous pourriez raconter des choses un peu second degré dans vos paroles étant donné que certaines personnes ne comprennent pas totalement l'Anglais. Est-ce vrai ?

Jérome : On écrit nos chansons en anglais parce qu’on trouve ça plus naturel, surtout que c’est une langue que l’on connaît depuis que nous sommes mômes.

Thomas : Quand on raconte par exemple qu’on se fait battre, on préfère le raconter en anglais parce que c’est personnel (rires).

Jérome : Plus sérieusement, ce que ça voulait dire, c’est qu’on peut exprimer des choses beaucoup plus profondes, qui sont parfois un peu plus délicates à exprimer dans la langue que les gens comprennent. On aime rigoler dans la vie mais la musique c’est sérieux.

Thomas : on se dévoile pas mal dans nos textes et l’anglais permet via des métaphores assez simples de cacher des sens qu’on a vraiment envie de dire mais que peu de personnes vont comprendre ou prendre la peine d’écouter, de traduire. Chacun peut l’interpréter comme il veut…

Jérôme : C’est une manière de se cacher un peu.

 A S :  A l’encontre de la question “qu’appréciez-vous dans les goûts musicaux des uns et des autres” que n’aimez-vous pas justement ?

Ben : Moi y a rien que je déteste, plutôt des trucs qui ne me touchent pas. Django Django par exemple que Max écoute, je trouve que ça ne mérite pas d’être connu. (rires)

Max : Lætitia aime les Guns’n’roses et moi je dois dire que ça ne me touche plus du tout. J’écoutais ça étant ado mais bon, plus maintenant !

Lætitia : Alors par rapport à Ben, je dirais le jazz, parce que c’est une musique qui ne me touche pas particulièrement. En général, le jazz ça me fait un peu chier !

Jérome : Moi je déteste autant Françoise Hardy que ne l’aime Thomas.

Thomas : Jérôme aime bien la musique progressive, genre Pink Floyd, Genesis et compagnie et c’est criminel de dire ça, mais ça ne me touche pas ! Ils ont inventé plein de choses, je dis pas mais écouter ça maintenant ça m’ennuie profondément.

Damien : Moi j’aime pas trop les solos djembé que Gaétan l’ingénieur son à l’habitude d’écouter dans le van (rires).

Thomas : Max n’arrête pas d’écouter Wu Lyf aussi et je trouve que c’est juste du bruit, c’est super assommant ! Mais on est pas tous d’accord sur ça, les autres sont mitigés !

An Si


Crédit Photo : Jérôme Sevrette

Le petit rapporteur : Naive New Beaters

 An Si : Alors ca fait quoi de passer à la télé, d’être riches et célèbres ?

David Boring : La télé c’est mortel. Et c’est cool pour mes parents, parce que du coup ils se disent pas que je ne fichtre rien de ma vie. 

Eurobélix : Moi j’adore la télé parce qu’il y a toujours des petits gâteaux sucrés qui sont très très bon à manger dans les backstages.

     Martin Luther BB King : Moi aussi j’aime bien la télé. Quoi que non, j’aime pas trop la télé en vrai.


A S : Parfois, on propose des abricots secs dans les backstages. Mais qui mange des abricots secs ?

DB : Moi ! Des fois je me croque un petit abricot sec. C’est des vitamines qui agissent après. Ca fait du bien.

A S : David Boring, c’est toi le leader du groupe ?

Eurobélix : Non mais c’est lui qui parle le plus, c’est indéniable. 



A S : Je peux faire partie de votre groupe ?


Eurobélix : Ca dépend, tu joues d’un instrument ? On a des Ferraris en plus.


A S : David Boring, la toque que tu portes, c’est un symbole de quoi ? 


DB : Euh, pas grand chose. On dirait un animal mort vu que je la porte beaucoup. Avec les concerts, la transpiration et tout elle retrouve un instinct animal…

A S : Vous trouvez ça comment Vendôme ?

Martin L BB King : On a pas trop eu le temps de visiter mais ça à l’air très mignon cette ville.
 DB : De l’entrée de la ville jusqu’ici c’était très très jolie. Je me suis même réveillé tellement c’était joli. La beauté m’a frappé.

A S : Vous avez des anecdotes de tournée ?


DB : La dernière fois j’étais avec mon petit cousin Eliott, il est vraiment violent et il m’a poussé contre une palissade et il m’a détruit la côte, j’ai trop mal. Mon petit cousin de 17 ans. Moi aussi j’ai pas plus de 17 ans, mes bagues ont été enlevées y a pas très longtemps.

A S : Vous jouez souvent dans des petites villes ?

DB : On fait des concerts là où on nous demande de faire des concerts ! (rires) J’aime assez cette interview gonzo. Ca me rappelle un film, Las Vegas Parano de Terry Giliam. Avec Kevin Kostner(rires).

                                                                                                                                   Eurobélix : Et Jean-Michel Jarre (rires).



A S : Vous êtes originaire d’où ?

DB : On est un peu tous des quatre coins du monde. C’est un groupe citizenship pour la fédération de tous les peuples dans la planète. On est des envoyés de Dieu et on fait de la musique. Moi je représente l’Afrique, Eurobélix l’Asie.

M : Et moi c’est l’Océanie. 

D B : Et on doit retrouver nos deux autres compagnons des deux autres continents manquants. Et à ce moment là ce sera la fin du monde pour un renouveau de la terre.



An Si


Crédit Photo : Jérôme Sevrette

Les aventures de Charles et Louise de : La position du chroniqueur couche

 On pourrait croire que Charles ne sait que râler. Eh bien, c’est presque vrai donc presque faux aussi, car Charles sait aussi remercier

- les filles et les gars des Rockomotives pour m’avoir permis de suivre et chroniquer leur festival, leur gentillesse et leur accueil (on se sent chez nous chez eux), ce qu’ils m’ont fait découvrir (Patrick Watson, Movie Star Junkies, a.P.A.t.T, Sir Alice, Action Beat, Rich Aucoin…), leurs parenthèses, leur ouverture d’esprit face au mien étroit…

- Vitrine en cours pour leur animation en images (si si, j’ai passé du temps à les regarder œuvrer et à contempler leur œuvre) qui était loin d’être accessoire. Les Rockomotives, c’était aussi des murs mouvants à admirer.

- les gens du miam-miam (même si le premier soir le clafoutis n’ayant pas assez pris, j’ai mangé en même temps ma serviette en papier).

Charles sait aussi reconnaître quand il a tort sur des connaissances fondamentales mais pas en matière de goûts et couleurs. Je reste donc sur toutes mes positions musicales et assènerai les suivantes :

- Si Youssoupha affirme qu’il « meuh cô-naît » et qu’il me dira bonjour la prochaine fois qu’il me croisera dans la rue, moi j’affirme que je lui ferai bouffer les six volumes de mon Robert pour lui apprendre à promouvoir la langue (et peut-être le Collins en plus, « don’t foreuh-guet »).

- Quand Mermonte, moi je descends (facile, je sais mais le post-rock court, j’ai du mal).

- Le cirque, les clowns et les marionnettes, je n’ai jamais aimé, encore moins quand ces dernières ressemblent à des excréments déguisés. Et puis les « yo yo yo » et les ordres qu’on donne au public à coups de mouvements de bras, je n’en peux plus. Le prochain agent de la circulation qui se trouvera sur mon chemin passera sous mes roues.

Du reste de la soirée de samedi soir, je ne peux dire grand-chose puisque je suis arrivé en retard (ma moitié me traînant dans la rue tandis que je hurlais, « non non, je ne veux plus y aller ») et je suis parti tôt (ma moitié me sommant de consommer mon dernier ticket en une gorgée). Restent des moments humains marquants : une séance de bagarre affectueuse avec Xtron ; une autre de gymnastique avec Louise de inspirées d’images projetées la veille par Vitrine en cours ; une autre encore de galoches dans les règles de l’art et la sueur pour meubler l’entre deux concerts (et nous n’étions les seuls) ; les visages offusqués de deux jeunes qui passant près de Louise et de moi l’entendirent hurler « casse-toi » à Youssoupha (on a le courage du vacarme environnant) et demandèrent qu’on respecte les artistes (certes, on est devenu pire que le pire).  Le jeune homme, resté perplexe devant tant de vilenie, s’est presque aussitôt fait bousculer par un sauvage ambulant, ce qui lui a valu de perdre la moitié de sa bière sur le parquet. Eh bien, croyez-moi ou pas, mais j’ai été embêté pour lui.

Pour l’ambiance générale, j’ai dû me fâcher avec une dizaine de personnes, m’amouracher d’une dizaine d’autres et je contemple, le lendemain, le paysage du festival depuis une station horizontale ô combien appréciée (que c’est bon d’avoir les pieds au même niveau que la tête autrement que dans la teneur des propos), un peu comme le soldat observerait le champ de bataille depuis l’hôpital de campagne.

C’était physique, c’était grisant, c’était enrichissant, c’était solidaire aussi (et parfois solitaire). Je crois que j’aurais dû m’y préparer plus sportivement. Mon cerveau s’est mis en mode survie le dernier soir et j’ai fredonné toute la soirée cette chanson http://www.youtube.com/watch?v=ozvS3glbc0Y (de même manière qu’un soir de concert très barré où un batteur frappait son instrument à coups de chaines, je m’étais mis en tête l’air de « La patrouille des éléphants » du Livre de la Jungle).

Ceci étant, c’est dimanche, j’ai loupé la messe, j’éprouve le furieux besoin de combler le vide de cette journée sans concert (n’étaient ma paresse et mon épuisement, je m’attristerais de cette absence de rendez-vous avec la foule et la musique), je me tourne vers ma moitié aussi rincée que moi : « et si on se faisait les Pornomotives aujourd’hui ? » Bonobo en fond sonore, cela va de soi…

Charles

Crédit Photo : Toy par Cécilia Poupon (on précise pour éviter toute enquête de seconde zone que ce n’est pas Charles).

Le petit rapporteur : Figures Imposees #1

 An Si : Lorsque j’ai eu l’occasion de discuter de Figures Imposées avec Richard Gauvin, le directeur artistique du festival, il m’a dit que vous n’aviez réalisé aucune répétition.


Thomas Poli : Ouais, c’est ça !

Pierre Lambla : C’est un peu le jeu. C’est Richard qui a proposé ce défi ( ndlr : sur une idée lors d’un obscur apéritif Lavallois d’un des musicien présent sur cette première tentative. Nous laisserons le mystère entier quand au coupable). 


T P : Il nous délègue ça comme responsabilité mais c’est un peu l’initiateur de tout ça !

A S : Pour quelles raisons la création de ce projet ?


P L : Peut-être que j’extrapole mais connaissant Richard il était à la fois curieux de se faire rencontrer des musiciens qu’il aimait bien et aussi d’entendre la musique que ça allait donner. Sachant que le mot d’ordre était qu’il n’y avait pas de répétition.

A S : Vous êtes combien de groupes mélangés ?



T P : Je sais plus, 6 ou 7 groupes. Il y a juste Patrice et Michel qui jouent ensemble demain (Michel Cloup duo, le 2 Novembre à la Chapelle Saint Jacques). Michel Cloup il est guitare baryton et à la voix, Patrice Cartier est à la batterie, Cyril Bilbeaud il vient de Zone Libre, c’est un autre batteur, Lætitia Shériff a son propre projet, toi Pierre tu joues dans plusieurs groupes. Il y a Lionel, Pierre et moi qui jouons ensemble dans Nestor is Bianca mais ce n’est pas figé. Carla Pallone joue dans Mansfield Tya et voilà.


A S : Du coup, vous êtes aussi aussi un peu ensemble par rapport à vos affinités “humaines” ? Ce n’est pas que musical ?

P L : On ne se connaît pas tous ou alors de loin, c’est Richard qui a choisi. C’est lui en programmateur qui a fait un groupe. 



A S : Et sans l’initiative du festival vous n’avez jamais eu l’envie de faire quelque chose entres vous, comme ça ?


T P : Non, pas avec ces personnes-là en tout cas !



P L : C’est des choses qui peuvent arriver et encore assez rarement ou en fin de soirée. De manière impromptue on se met à jouer ensemble mais c’est pas non plus un exercice fréquent dans le rock où il y a des sets très déterminés, chacun arrive avec une orchestration, même des plans des scènes. C’est une décision de créer un moment rock pour de la musique improvisée.


A S : C’est une sorte boeuf géant que vous faîtes sur scène ? L’un de vous commence à jouer quelque chose et les autres vont suivre ou c’est vraiment une surprise ?



T P : C’est cela. Comme on s’est tous rencontrés en début de journée on a pu échanger un peu.

A S : Et ce sera la seule fois où vous allez jouer ?


T P : C’est la première en tout cas. Peut-être qu’il y en aura d’autres, je ne sais pas !


P L : Pour nous c’est la seule fois pour l’instant, mais à priori je sais que pour les Rockomotives, c’est une formule qu’ils ont envie de reproduire avec d’autres musiciens pour recréer la même situation. 



An Si

Crédit Photo : Cécilia Poupon

Le petit Rapporteur : Klub des Loosers

 An Si : Ce concert aux Rockomotives c’est bien passé ?

Fuzati : Ouais, c’était cool. Hyper bien. Les festivals c’est toujours casse gueule parce que les gens sont pas forcément là pour toi. Ce soir, il y a une grosse tête d’affiche qui est C2C, mais là les gens connaissaient les paroles, ça fait plaisir.

A S : Cet album “La fin de l’espèce “, tu l’as abordé comme une sorte de “tournant” en partie à cause de la trentaine ?

F : Pas spécialement, ce que j’expliquais depuis le début c’est que j’avais envie de faire une trilogie. Le premier traitait de l’adolescence et celui-là traite d’un personnage un peu plus adulte, entre 30 et 35 ans. Mais pour moi, ce n’est pas qu’un album horrible de trentenaire de la chanson française. C’est simplement que le personnage “évolue”. Le premier je l’ai écris quand j’avais 23 ans et si j’en avais sorti un 2 ans après ça aurait été une redite, je n’aurais pas eu le vécu nécessaire pour grandir et devenir plus adulte. Donc j’ai attendu, conçu des albums du Klub des 7, appris sur l’industrie de la musique. Malheureusement on ne peut pas trop dissocier la musique du business. C’est un énorme boulot aujourd’hui pour qu’un album ait un peu de visibilité. Aujourd’hui, j’ai créé un label donc du apprendre.

A S :
Et quel a été le déclencheur pour sortir cet album maintenant et pas l’année prochaine par exemple ?

F : Parce que j’ai déjà assez attendu (rires).

Detect : Ca fait 7 ans, voir même 8 ans…

F : En fait je suis super égoïste, je fais de la musique pour moi. Je fais un album quand je sens que j’ai vraiment quelque chose à raconter. Pour moi un album doit toujours être réalisé dans l’urgence. Il doit s’imposer à moi. Il faut que je raconte du vécu, après c’est peut-être bien ou pas bien mais j’ai besoin de me libérer de ça.

A S :
Dans ce milieu musical en particulier c’est compliqué de rester fidèle à la même personne et tu as toujours un public bien présent, même au bout de 7 ans.

F : Encore aujourd’hui j’ai du mal à me dire que j’ai un public.

D : C’était un vrai risque aussi de faire un album. Tu ne sais comment ça va marcher, d’une année à l’autre tout change.

F : Mais c’est ça qui est intéressant dans l’art en général, c’est de durer. C’est facile de cartonner un ou deux ans et si tu regardes, la plupart des artistes n’ont pas tenu plus de 10 ans. Les Beatles ont tenu genre 7 ans, les Doors ça n’a pas duré super longtemps, Michael Jackson a été au top pendant 10 ans… Je ne mets pas au niveau de ces artistes-là, mais c’est juste que dans l’histoire de la musique il faut toujours essayer d’être pertinent. Même quand j’écris, je ne place jamais de référence aux monde actuel. Je vais pas te faire un morceau sur Facebook parce que dans 10 ans cela aura disparu. L’important c’est d’essayer de travailler sur l’intemporalité et d’essayer de trouver des thèmes suffisamment universels pour que dans 15 ans les gens se disent ” Ah putain ce mec avait un point de vue “. C’est peut-être présomptueux mais en tant que “musicien” c’est tenter de durer.

A S : Et quel rapport vous avez avec la scène ?

D : Après “Vive la vie" on est parti 2 ans en tournée un peu partout.

F : En général, faire un album te prend 2 ans de ta vie. Le temps de le faire, plus la promotion. Celui-là, je l’ai fait en 2 ans comme n’importe quel album. Là je suis en train de faire le prochain pour janvier 2014 et je suis déjà en train de taffer dessus.

A S :
J’ai vu que tu avais crée ton propre label.

F : Les disques du Manoir.

D : C’est beaucoup plus de travail mais c’est plus pratique. On s’est rendu compte avec l’expérience que tout ce que les labels indépendants ont fait à notre place, on aurait pu le faire. Il nous manquait juste l’argent.

F : Maintenant avec la crise du disque, les labels indés réfléchissent comme des majors. Je leurs en veux pas mais simplement ils essayent de formater les artistes et nous on ne rentre pas dans le moule. On serait malheureux sur ce genre de label parce qu’on ne pourrait pas faire la musique qu’on aurait envie de faire. Donc de fait, on s’auto-produit.

D : On aurait pu vivre de notre musique mais on ne le fait pas, c’est un choix. Afin d’avoir plus de liberté.

A S : Et c’est plus compliqué aujourd’hui de se produire de cette façon ?

D : C’est surtout qu’on en a envie.

F : On ne se sent pas “artistes” du matin au soir. Mais sinon oui, c’est compliqué. Par exemple dans les années 70 y a pleins de mecs qui sortaient des disques et tout le monde s’en branlait et maintenant tu les rachètes une blinde sur e-bay… Ca a toujours été compliqué la musique, mais heureusement sinon tout le monde pourrait réussir, et encore qu’est-ce que réussir ?

D : Maintenant réussir c’est juste faire un buzz pendant quelques mois. Avoir quelques pages dans les journaux…

F : Après y a des mecs qui font ça que pour le pognon. Là encore je ne suis pas en train de cracher là dessus, ces gens font ce qu’ils veulent. Y en a qui font des choses vraiment sincères tout en restant super commercial. Même David Guetta je ne lui crache pas dessus. Le mec il a bossé, il est censé faire danser des millions de gens et y arrive. Si c’était aussi facile, tout le monde le ferait. Après, nous on ne se reconnait pas dans cette musique là mais on ne peut pas se dire ” la musique doit être comme ça “. La musique tu es supposé la faire pour toi, pour ton plaisir.

A S : Niveau actualité, qu’est-ce que tu penses du mariage homosexuel ?

F : Pour, évidemment. Le mariage reste un “acte d’amour” après, l’amour peut prendre plusieurs formes. Nous on se contente de faire de la musique, on n’est pas spécialement là pour parler société. Pour te donner un exemple, quand j’étais journaliste, je me suis retrouvé sur un tournage d’un film pornographique et il y avait un couple échangiste. Les gens, ils étaient ensembles depuis 11 ans. Tout ça pour dire qu’il y a pas de modèle pré-établi sur l’amour. J’établis un raccourci même si ça n’a rien à voir. Les pseudo modèles que l’on a ce sont les dogmes donnés par les religions.

A S : Dommage que beaucoup de personnes ne pensent pas comme toi.

F : Je vais peut être fonder une secte (rires) !


An Si


Crédit Photo : Jérôme Sevrette

Les aventures de Charles et Louise de : Seigneur Quel Peuple !

Quelle jeunesse ! On se croirait aux JMJ !

Passée la désagréable impression d’être une surveillante entrant dans une cour d’école, passés les deux cerbères commis à la protection de notre sécurité, je me vis décerner un “pass” tenu par un cordon rose griffé aux armes de la Municipalité (j’ai bien fait de laisser mes perles au coffre). La soirée commençait bien.

Déambulation hagarde parmi ces hordes en hardes (une figure de style s’est glissée dans cette phrase : sauras-tu la reconnaître ?). Quête avide des “commodités de la conversation” comme disent mes sœurs les Précieuses chez Molière. Quête infructueuse ! Toutes les chaises avaient été remisées pour laisser un espace plus grand aux foules piétinantes du soir. Ce n’est pas courtois pour les vieilles personnes (qui ont en plus dans les pattes près de cinq jours de festival). Mon séant usa quelques baffles ou retours (en mode “off” naturellement, je ne cherchais pas de vibromasseur). Mais il me fallut la plupart du temps rester sur mes jambes (je me souvins alors avec émotion d’une confidence d’Elisabeth II disant que les longues cérémonies officielles l’avaient rompue à la station verticale et regrettai amèrement qu’un destin royal ne m’y eut préparée).

La surdité aidant, je ne compris rien au programme que Charles me hurla dans le cornet. “C2C” (prononcé “Sitousi”) devint “Fitoussi” (ah ! Fitoussi est là ? pour quoi ? une conférence d’économie ? peut-être est-ce un ami d’Ozgür le broussailleux dont j’appris que l’économie était le métier - et qui, entre nous, ne me crédita pas même d’une bise ce soir là). “Rich Aucoin” devint “Richard Descoings”, le regretté directeur de Sciences Po. Prête alors à me joindre aux lamentations (qui font concert, c’est bien connu) et me figurant un hommage tout en bougies et discours, je m’enquis de l’heure de la veillée. La lecture du programme m’instruisit de mon erreur. La photographie me consola : nous ne perdions pas au change !

Bref, j’abordai la soirée guillerette, prête à trouver de nombreux charmes à des musiques qui étaient aussi proches de mon univers que Pluton de la Terre (et d’ailleurs que la distance à laquelle se trouve ce caillou de nous ait été cause d’une mauvaise évaluation de ses qualités et qu’une rectification l’ait fait déchoir de sa qualité de planète me semble odieux ! soyons fraternels et généreux ! en refusant ce titre à la malheureuse Pluton c’est une chance d’intégration que nous gâchons et plus globalement sa place dans le système s(c)olaire tout entier que nous remettons en cause ! Aimons ce qui est loin de nous !).

Comme je le présageais, tout me plut ! A l’exception, tout de même, du “Klub des Loosers”. Non, là, même bien lunée, Louise eut une indigestion. Le groupe se dit lui-même “romantique comme un acteur porno qui ne quitte jamais son alliance” (ouais… et ben les gars c’est pas demain le parrainage du Printemps des Poètes). Trop du brutalité et de vulgarité confondues.

Les “Brns” me conquirent (mais encore une fois, je n’étais pas ce soir là la forteresse austère que je suis de coutume). Je trouvai cette pop de bonne facture, bien balancée, variée, agréable. Je vibrai à l’unisson du parterre dans une espèce de fraternité qui n’était pas - que - sotte. Je fis donc l’expérience joyeuse du partage d’une musique qui, certes, ne violait point nos octrois pour fourrager dans nos douleurs enfouies mais répondait à notre besoin de bouger de façon sensible et dynamique.

Même Jean-Paul Fitoussi me fit plaisir. Bon, je ne restai quand même que 20 minutes, jugeant avoir vu un aperçu suffisamment représentatif du travail (peut-être un peu court) de ce groupe. L’ambiance très “Stade de France” me grisai. Je me mis à regretter que nous ne pogotions pas davantage à l’opéra. Cela nous ferait probablement grand bien. Le cours de géométrie me divertit aimablement. Les explosions de lumières me rappelèrent les grandes eaux et les feux d’artifice à Versailles. Cette bulle d’excès en tous genres, cette débauche de moyens (probablement très dispendieuse), cette mégalomanie juvénile me plurent assez. Sautillant gracieusement, je partis à la recherche d’une cuvette qui ne fut pas trop souillée pour m’y soulager dans un large sourire béat (il est vrai que le Cheverny rouge força un peu ma béatitude).

Ce fut au tour de Richard Descoings. Sa bonne humeur, sa drôlerie, sa musique étaient de bon aloi ! Contente de voir que tout continuait bien, je pris congé assez vite du Minotaure. Rentrée chez moi, je m’aperçus que j’avais marché sous la pluie.

Le bonheur est dans l’à peu près !

Louise de…

Crédit Photo : Jérôme Sevrette

Les aventures de Charles et Louise de : LES HOMMES DE LA SITUATION

Je ne m’appesantirai pas sur la soirée de vendredi. Charles a vécu jusqu’à minuit et demie une véritable débandade, perdu au milieu d’un raz de marée adolescent qui lui a fait sentir tout le poids des ans et pire encore de son intolérance et étroitesse d’esprit. Râlant (plus que de coutume) à chaque bousculade, cherchant avec régularité une surface où poser son fessier, souffrant la proximité de conversations incompréhensibles en mode texto, des pseudo pubs pour O.B. dans les toilettes (il y régnait un chaos innommable sans queue bien formée au milieu de jeunes demoiselles buvant la bière en bouteille en cachette et au goulot, berk), j’ai hésité à arracher enfin une affiche des Naïve New Beaters pour mon ado de fille avant de me sentir déplacé à vandaliser devant ce fatras de pubères. De concert, je n’en ai subi aucun jusqu’à son terme, j’ai capitulé, démissionné tour à tour devant la petite pop à voilages, la logorrhée grossièrement scandée, le tempo de boîte de nuit, las, j’étais à deux doigts de baisser les bras, je voulais un livre, un film, une peinture, une fleur, rien que je puisse trouver en ces lieux. Et puis…

Et puis Rich Aucoin, tout improbable qu’il paraissait dans son caleçon mochard et coiffé de ses petites bouclettes, m’est apparu et l’essence de ma vie (celle d’avant ce marathon auditif, cérébral et piétonnier) m’est revenue.

J’ouvre là ma présentation des deux hommes de la situation que sont Rich Aucoin et Patrick Watson dans le temps suspendu et tendu des Rockos et en profite pour lancer une invitation toute officielle à ces deux charmants hommes à venir habiter chez moi. Voici comment je verrais la chose.

Pour les matins où dans la cuisine, trois êtres humains se tirent la tronche, pour la journée qui commence avec le système du Mac qui plante et le voile gris qui tombe sur l’écran, pour le lacet qui craque, la chaussette trouée, l’évier qui se bouche et le solde du compte en berne, pour le travail à rendre pour avant-hier, les crises de l’ado, la fin de journée sur les rotules, le fichu ménage à faire, la courroie de distribution à changer, il y a Rich Aucoin. Il vous rappelle les vacances sous les cocotiers que vous n’avez jamais eues, le film Cocktail dans lequel vous n’avez pas tourné, le gamin à la boum quand vous aviez quinze ans qui dansait avec toutes les filles sauf vous mais qui vous a souri, la tablette de chocolat que vous vous engouffrez tout seul devant la télé, la nouvelle paire de chaussures qui vous fait sentir une nouvelle créature, le premier baiser, le premier baiser suivant et tous les autres. Et de fait, ce serait un peu comme à la messe mais en plus sportif, on se prendrait tous dans les bras et on sauterait sur place en hurlant. Je connais deux gamines à la maison (plus l’adulte irresponsable que je suis) qui seraient ravies de faire péter des cotillons avec Rich avant d’aller se coucher. Alors bien sûr que j’ai levé les bras quand il le disait, et j’ai bondi sur place tout pareil, mais avec lui, bon sang, et pas comme un petit animal dressé et décérébré qui rendrait un hommage injustifié à des dompteurs de mauvaise facture.

Quant à Patrick Watson, je l’invite dans ma chambre sans aucune arrière-pensée libidineuse. La pièce est vaste, il peut venir avec ses comparses. Je le voudrais là à l’écouter dans mon lit, depuis ma couche où tout se vit et se revit, s’endort et se réveille. La lumière jouerait avec les heures, sa voix et ses notes. En l’écoutant, je rêverais en souriant, je pleurerais tous mes chagrins d’amour, j’ouvrirais les yeux sur le visage de l’homme que j’aime (nu de préférence, une nudité originelle), je m’arracherais les tripes et je succomberais de plaisir, je relirais tous les livres qui m’ont marqué, je dessinerais des esquisses de corps et de paysages, les plans d’une maison, je ferais un bébé, j’entendrais le vent souffler, la pluie battre, je baignerais dans le soleil et guetterais le bruit de toutes les étoiles filantes, des couleurs et des saisons passeraient devant les carreaux, tout ça au son de sa voix magique, angélique, sans genre et terriblement humble et humaine. Je l’avoue, Charles s’est senti un rien stupide en sortant de la chapelle cet après-midi : il venait de se prendre une tape affectueuse sur la main, Patrick Watson avait fait ouvrir les rideaux de la chapelle pour y laisser entrer une lumière blafarde d’automne et les nuages étaient rosés.

 Charles

PS : je sens qu’on va faire du bébé à Vendôme cet automne après le passage de ces deux hommes, ou à défaut on va fabriquer du plaisir. De quoi faire des économies de chauffage.


Crédit Photo : Jérôme Sevrette

Le petit rapporteur : Ropoporose

 An Si : Pas trop stressés de jouer aux Rockomotives ? Entre vous, Romain est sans doute celui qui a le plus d’expérience mais jouer sur scène n’est pas anodin (que ce soit pour des artistes ayant fait leurs preuve ou pour les “petits nouveaux”) ?

Romain : (S’adressant à Pauline) Qu’est-ce que t’en penses ?

Pauline : Moi je trouve ça juste cool ! Et j’avais déjà joué l’année dernière avec Tonic Youth !

Romain : Et tu avais aussi joué à la Chapelle, pour la première partie de Yann Tiersen (dans le cadre de la soirée surprise des 20 ans des Rockomotives, avec Yann Tiersen en acoustique et Elektronische Staubband).

An Si : C’est un mythe alors le stress d’avant concert chez vous ? Pareil pour celui des groupi(e)s ?

Romain : C’est moi qui porte toute l’anxiété du groupe sur mes épaules (rires). Plus sérieusement, je ne m’autoriserais absolument pas à boire avant un concert de Ropoporose, alors que ça ne me poserait pas de soucis pour d’autres (ndlr : nous précisons que les Ropoporose n’avaient rien à boire avant leur concert si ce n’est du jus de fruit. Sur la fin de festival, Romain a pu échapper à notre vigilance).

Pauline : ah ouais ?

Romain : Carrément. Je fais gaffe vu qu’on joue en loop, on se doit d’être carré dans le sens où on superpose des pistes. Si on se relâche on rate des morceaux et on s’en veut.

Pauline : Et puis t’apprécies bien la pression… (rires)

Romain : C’est moi qui stress, comme j’ai la majorité !

Pauline : Et on a déjà une groupie mais elle a 6 ans…

Romain : Mais on vas essayer de plafonner à 10 ans, on verra après !

An Si :
Et votre venue aux Rockomotives, on la doit a qui ? (ndlr : leur talent, aucun passe droit aux Rockomotives ou quota géographique).

Romain : C’est un peu une mobilisation générale dans le sens où plusieurs personnes ont trouvé notre musique intéressante. C’est Figures Libres en soit qui trouvait que le projet valait la peine d’être montré aux Rockomotives, avec la volonté d’exposition d’un groupe proprement local, ce qui n’arrive pas tout le temps à priori…

An Si : Sans avoir à poser la question “comment vous êtes vous rencontrés” étant donné que vous êtes de la même famille, comment vous est venue l’idée de former ce groupe, Ropoporose ?

Pauline : Au début on voulait rejouer la musique du groupe “Girls”.

Romain : C’était ça le premier but du groupe ? Je ne sais plus du tout (rires). Mais il me semble que c’est ça. Après nous avons jouer à la demande de Figures Libres pour un événement quelconque (ndlr : notre fête des bénévoles annuelle), j’y jouais également avec Oleanders mon autre groupe. On a donc fait deux morceaux à l’arrache, on nous a dit que c’était cool et du coup ça c’est amplifié après avec l’annonce des Rockomotives. On a dû composer de nouvelles chansons pour obtenir un set à jouer car nous avions seulement 3 chansons à notre répertoire.

An Si :
Je vais pouvoir rentrer dans le jeu des questions clichés, du coup vos influences musicales ?

Romain : Ah ! Bonne question.

Pauline : Girls !

Romain : Nos influences musicales ce sont tous les groupes que j’écoute et qui par la suite ont été écoutés par Pauline.

Pauline : Oh ça va (rires) ! Je te fais découvrir des choses aussi !

Romain : De Yann Tiersen à Girls effectivement, Pneu, Crystal Fighers, Sonic Youth, Piano Chat !

An Si : C’est étonnant que malgré votre affection pour certains groupes on ne retrouve pas de reprise.

Pauline : On voulait en faire une mais c’était trop galère.

Romain : On voulait reprendre “Lust for Life” de Girls et en fait ça n’avait aucune gueule et on s’est dit qu’on avait les moyen de faire des créations personnelles intéressantes étant donné que c’est Pauline “l’âme du groupe”…

Pauline : Même si je ne suis pas majeure !

Romain : N’est-ce pas… C’est elle qui compose les musiques, qui fait les arrangements. Après moi du coup je fais les arrangements rythmiques et on réfléchit aux morceaux ensemble. Mais à l’origine c’est elle qui est très créative donc on n’a pas besoin de remplir avec des reprises.

An Si : Vous avez composé d’autres chansons du coup, hormis celles-que l’on peut actuellement trouver en écoute libre ?

Pauline : C’est surtout des bribes de trucs qui ne sont pas encore montés.

Romain : On a pas trop eu le temps. On s’est centré sur la création définitive de 6 morceaux pour les Rockomotives. Mais peut-être après du coup !

An Si : Et vos prochains morceaux continueront à être instrumental ou avec plus de paroles ?

Romain : Je ne sais pas, moi je me serais plus tourné vers de l’instrumental.

Pauline: Ca dépend si on a quelque chose à raconter et là on a pas spécialement grand chose à dire. Ca ne sera pas vraiment axé sur le chant. Pour l’instant on en met mais c’est aussi pour que ce soit plus illustré.

Romain : Ce qu’on voulait avant tout c’était proposer une énergie musicale intéressante. Mettre de nous même…

An Si


Crédit Photo : Cécilia Poupon

Les aventures de Charles et Louise de : de l agonie a la petite mort

 Sueur fébrile et morosité hier en arrivant au Minotaure. Ma seule consolation était que j’allais pouvoir m’asseoir entre deux concerts, ne pas nécessairement aller me geler les ripatons dehors si la déconvenue répondait à l’attente. Une certaine idée du confort. Ce soir, Charles subira, trépassera ou se vautrera dans une ivresse fangeuse pour oublier qu’il a les esgourdes pleines à ras bord et plus une once de bon sens. Coup de massue dès la montée des marches, je dégaine les bouchons d’oreille (chose rare). Le corps en sueur aux contorsions Iggypopiennne du chanteur des Dope Body me rappelle que le mien exsude dans l’immobilité. Dans l’ouate, je rêve de m’allonger à ses pieds, d’agoniser en silence, je veux bien mourir et qu’il croie que c’est pour lui… Je m’accroche à l’étincelle grivoise dans les yeux de Louise de qui convoite la morphologie élastique et tressautante du brun bouclé. Elle en a de la chance, Louise, de se sentir encore vivante.

Je survivrai ! Ne serait-ce que parce que ma mission d’auditeur candide s’est assortie ce soir d’une autre plus privée : je dois surveiller (de loin et avec détachement) ma fille ado qui défaille presque au nom des Naive New Beaters. Telle une opération de sauvetage, les musiciens de Figures Imposées me cueillent en pleine errance proche du délire et me caressent les sens, m’excitent en douceur le bout du pied, assouplissent mon roulement de hanche. L’éphémère de la rencontre (certainement pas si innocente que ça, ni si improvisée, on sent que certains connaissent bien les rouages et les petites manies des autres) m’ouvre une fenêtre sur autre chose que le vacarme de chantier de démolition que j’ai expérimenté en arrivant. Cacophonie mélodieuse et imprévisible comme une conversation en feu d’artifice où chacun suit son raisonnement ou enrichit la réflexion de l’autre. Un « bœuf » élégant et raffiné. (J’en profite pour rendre hommage à la beauté d’ange sombre de Lionel Laquerrière et à celle folle et habitée de Pierre Lambla que je ne me lasse pas de regarder jouer. Pardon pour les autres.)

Cruelle transition pour Charles ensuite que Blake Worrell dont les basses et samples premiers (on ne dit plus primitifs, il paraît) et les frénétiques déplacements de sa pompom girl m’agacent très très vite. Charles est un vieux con, il peste (il vient de croiser son ado qui a-do-re), hue et va boire un verre.

Puis retour aux bases de ma culture musicale, j’aime bien l’image de « cuisine de ménage », mais de celle revisitée par un grand chef, la potée avec les choux farcis, du classique rock blues cradouille et efficace servi par Movie Star Junkies, ces Italiens qui me font penser que Louise voulait que je l’emmène manger dans un restau de routiers. Ben, plus besoin, ils étaient là, Louise, et tu cesserais de faire ta chochotte que tu aurais apprécié ce que ces sales ritals (je fais référence au programme qui évoque mégots, pisse et baston) nous ont balancé dans la figure. Dans la fange et les pissotières, Charles jouit.

Place aux tant attendus Naïve New Beaters. Mon ado est quasi collée à la scène, je vois son chignon en buzzer sauter dans tous les sens, elle lève les mains comme on lui dit de faire (elle obéit moins vite quand il s’agit de ranger sa chambre), j’entends les paroles débiles qu’elle répète. Le vieux con en moi lutte pour que je fuis cette parodie de boys band mais le guitariste m’intrigue trop (on sent qu’il vient un peu d’ailleurs quand même, le monsieur hum sexy), alors d’un coup ça me prend, entre deux séries de sauts sur place (pas mal leur cours de gym toutoutouyoutou), je hurle « à poil ! ». J’aurais pu hurler « aux chiottes ! » aussi. Moi non plus je n’aime pas qu’on soit ostensiblement stupide pour s’épargner l’effort de faire quelque chose de vraiment bien ! Le second degré, c’est aussi une manière de paresse.

Je passe les discussions qui ont suivi, elles m’ont tout autant exaspéré que Louise, et la bière ne me bridant même plus, j’eus envie un instant de dire aux gens de tout simplement la boucler. Pour finir, je suis allé me jeter du haut de la falaise pour m’éclater sur les rochers en contrebas, parmi les lames qui s’y fracassaient, proposition létale des Action Beat. Petite mort libératrice sous leurs martèlements frénétiques, les hurlements cauchemardesques des cordes, les soubresauts électriques de ces corps qui se dénudaient et me délivraient enfin de ma fièvre.

Dans la voiture, mon ado m’avoue qu’elle a fauché des affiches dans les toilettes. Lieu de prédilection familial, semble-t-il.

Charles

Photo : Cécilia Poupon

Les aventures de Charles et Louise de : Bien sur

"Notre besoin de consolation est impossible à rassasier"

Bien sûr il y eut le Minotaure transfiguré. L’exploit de rendre cet espace polaire, qui tient plus du hall de gare TGV que du foyer d’un théâtre, coloré, vivant et chaleureux. Les efforts des personnes dévolues à la projection de diapositives et de films y sont pour beaucoup. Grâce leur soit rendue d’avoir offert un préambule si agréable à l’écoute de la musique dont le Minotaure était ce soir l’écrin.

Bien sûr il y eut “Dope body”, un quatuor électrique qui malgré sa musique d’enfer et ses bondissements sauvages ne nous communiqua son énergie que secrètement. Personne (vous me direz que je n’avais qu’à montrer l’exemple) ne les suivit dans leur transe, pourtant admirable. Nous demeurâmes silencieux, accompagnant du bout du corps (je ne parle pas de certaines extrémités - encore que ! - mais de l’esquisse à laquelle nous consentirent plutôt qu’à l’abandon complet de nous auquel il me semble que nous étions invités) le tempo de ce jaillissement. Début du mal-être. Quand cesserons-nous d’être prévisibles ? De nous asseoir en calant confortablement nos arrière-trains pour écouter les irruptions fracassantes de la barbarie que nous enfouissons tous et que nous applaudissons vigoureusement, quand le morceau jeté à la gueule est bien terminé et que nous pouvons retourner au bar boire un petit coup et reprendre nos conversations plates.

Bien sûr, il y eut la merveilleuse Figure Imposée (#1… du coup j’ai cherché le #2… mince, il n’y en a guère… bon, OK, la frustration c’est le moteur du désir). Il y eut certes des petits tâtonnements mais franchement on s’en fout complètement. Ce qui s’est commis là, l’œuvre balbutiante et palpitante qui prit corps devant nous me procura une joie intense. C’est toujours miraculeux d’entendre des musiciens d’horizons divers se rassembler et inventer sur l’instant (ou presque - l’ami Lubat parle de “musique instantanée mult’immédiate”) une musique qui ne laisse personne sur le carreau, où chacun trouve sa place, où l’impulsion est donnée tantôt par l’un, tantôt par l’autre. Où chacun s’écoute et se répond. Parfois ça rate, le contraire serait bien extraordinaire, mais parfois ça fait des étincelles. Il me semble qu’hier soir les frictions musicales engendrèrent des étincelles. Se souvenir que la musique c’est aussi ça, pas uniquement ce qui a laborieusement été couché sur le papier, corrigé, répété, retravaillé… m’apparaît capital. Je suis heureuse d’avoir entendu quelque chose qui ne s’assimile en rien à un produit fini mais quelque chose qui tient de la conjonction du hasard, de la providence et du talent. Oh je ne suis pas naïve et n’ignore pas que le hasard a bon dos… On n’improvise jamais complètement. On tient toujours près de soi des phrases toutes faites, comme des antisèches. Mais on est aussi forcé de composer avec l’autre et ses surprises. Alors je repris espoir et me dis que le mal-être allait peut-être balayé. Que la joie de ce spectacle me réchaufferait.

Mais nous eûmes Blake Worrell. “Opéra bricolé” (ndlr : dixit le programme) ??? Mon cul ! Ni opéra ni bricolé ! Juste asséné. Je ne dois être sensible au “flow”. Soit. Mais je suis aussi hyper-allergique au sexisme de la mise en scène : un homme bras nus et musclés, une femme gesticulant mais silencieuse. Tout au plus a-t-elle droit à faire la ponctuation (les virgules du “flow”). Annie Pujol (mais si ! la présentatrice de “La Roue de la Fortune”) a de beaux jours devant elle. Reprise du mal-être.

Mais nous eûmes surtout “Naïve new Beaters”. Je ne vais pas critiquer la prestation (qui tient plus pour moi d’une version moderne du Club Dorothée). Ça me déplut férocement mais Louise est bégueule, c’est entendu. Ce qui me jeta dans le désespoir était le consensus autour de ce spectacle. Et surtout l’impossibilité d’en dire du mal sauf à passer pour une épouvantable pisse-vinaigre. Alors là, attention, festival d’âneries : “c’est du 3e degré” (ah bon ? 3e degré de quoi ? de la parole ? de la connerie ? et elle a combien de barreaux l’échelle ?), “ça prend pas la tête” (ah non ça c’est sûr ! mais si ça prend pas la tête ça prend quoi ? pêche-t-on nécessairement par excès d’intellectualisme quand on n’a pas envie que quoi que ce soit ne “court-circuite” votre tête ?), “c’est pas méchant” (il ne manquerait plus que ça morde ! et puis si ! c’est méchant parce que ça laisse con). Apothéose du mal-être.

1er Novembre, jour de la Toussaint, Louise fut donc à la fête !

Que sera-ce le lendemain, jour du souvenir des morts ?

Louise de

Photo : Cécilia Poupon

Le petit rapporteur : Ladylike Lily

 An Si : Ton album “Get your soul washed” est sans doute l’une des plus belles performances artistique du moment. L’univers qui ressort de ta musique a le pouvoir de mettre ton public dans un état d’esprit particulier lui-aussi ?

Oriane Marsilli : D’abord merci beaucoup. Et c’est ça qui est beau dans la musique, de savoir que tu peux te sentir un peu à la maison rien qu’en écoutant une voix et sans savoir particulièrement pourquoi cette voix te fait ressentir ça. Je peux le comprendre dans le sens où j’ai moi aussi des voix qui me bouleversent particulièrement. Ce que tu peux donner en image aux gens ce n’est pas tout à fait vrai. Certains artistes choisissent de donner une image qui est totalement à l’opposé de ce qu’ils sont en vrai et il ne faut absolument pas ce fier à ça quoi. Pour moi, c’est une protection.

AS : La différence entre ta voix chantée et ta voix parlée est assez frappante. Pourquoi ce choix de vouloir passer d’une tonalité à une autre ?

O M : En fait pour Ladylike Lily j’ai presque travaillé une voix particulière. Je peux tout aussi bien chanter avec une voix différente de celle-ci comme je l’ai fait avant. Pour Ladylike Lily, ça sort de cette manière là et je trouve ça bien parce que je peux aller chanter d’une tout autre façon pour d’autres projets. Je n’ai pas non plus spécialement envie de passer ma vie à faire que Ladylike. J’ai envie de faire plein d’autres choses en tant que musicienne…

A S : Tu as des projets en tête ?

O M : Oui ! Là, j’ai deux très bons amis avec qui je commence à travailler. Ca fait des années qu’on se connaît et ils ont un projet qui est très pop, ensoleillé et j’ai très envie de m’intégrer sans être ni leader ni tête pensante. J’ai plutôt envie de me mettre au fond de la classe et de voir ce que ça peut donner. De monter sur scène sans avoir la pression d’avoir tout sur les épaules, de savoir que si je me plante ce n’est pas grave etc. Donc voilà, j’ai bien hâte.

A S : Pendant ton concert j’ai senti qu’il y avait une atmosphère particulière et je me demandais si toi en tant qu’artiste tu arrivais à ressentir l’émotion qui se dégage de ton public.

O M : C’est toujours agréable d’avoir des gens qui sont venus m’écouter dans le sens où c’est plus simple aussi. Tu arrives sur scène, les gens sont contents que tu sois là, ils ont écouté ton album, connaissent déjà ta musique. Même si pas mal de personnes étaient sans doute là en découverte, tu le sais quand tu es sur scène, tu le sens à la réaction des gens s’ils connaissent déjà ta musique. C’est quelque chose de très agréable d’ailleurs. Chaque concert est différent. C’est très bizarre à expliquer mais c’est comme si c’était magnétique. C’est comme si tu arrivais à percevoir de l’énergie, un truc qui passe. Tu reçois beaucoup avec les applaudissements, c’est hyper fort.

A S : La vie en tournée est quelque chose que tu apprécies en règle général ?

O M : La chanson “Prickling” par exemple, il faut l’entendre comme quelqu’un qui prend son envol et pour moi la musique c’est aussi ça, une manière de voyager, de partir loin, de rencontrer des gens, de parler une langue qui n’est pas la mienne, d’être complètement dans l’ivresse de ce truc là. A Rennes, c’est là que ça a commencé pour moi et ça fera un an et un mois que je n’ai pas joué à Rennes. Je pense que c’est bien d’attendre, de ne pas être là tout le temps.

A S : Du coup, ton album marche plutôt bien ?

O M : Oui ! On en a vendu 7000 pour l’instant. Je trouve ça bien que les gens achètent l’album parce qu’il y a tout un travail dessus. Par moment, en faisant des recherches, je me suis dit ” tiens j’ai envie de mettre ça en photo dans mon album ” donc ça n’a pas été que de la musique. Je trouve ça mieux que les gens achètent l’album en support physique parce que ça te permet de montrer autre chose, de montrer une autre facette de toi à travers un objet et pas uniquement à travers les clips. C’est important de savoir ce que tu décides de renvoyer au niveau de l’image parce que c’est la seule chose que les gens vont garder de toi. C’est un jeu aussi, il faut se marrer, faut qui ait du “fun” !



An Si



Crédit Photo : Jérôme Sevrette

Les aventures de Charles et Louise de : Heureux qui comme Ulysse…

 Fidèle à mon goût de la surprise, j’arrivai à la Chapelle sans avoir lu le programme du soir (de toute façon, rien ne me parle dans ce programme : aucun des noms de groupe ne m’est familier - merde, j’suis vieille - ni aucune des références dont les textes de présentation sont truffés - merde, j’suis conne).

ULYSSE ET LE CYCLOPE

Quand après le second morceau le chanteur du 1er groupe nomma sa formation (“My name is nobody”), une explosion se produisit dans ma tête : mais c’est très exactement ce que répond Ulysse au Cyclope dans “L’Odyssée” d’Homère (“Personne est mon nom” dit-il adroitement au monstre un peu bêta qu’il va ainsi berner). Me vint alors l’idée perfide de me venger de l’opacité de ce beau programme en pondant un p’tit texte gorgé de références à l’Odyssée. Mon écoute passa donc toute entière par le prisme de ce monument de la littérature mondiale. Amis lecteurs, c’est l’heure de vous souvenir de vos humanités !

Comme Ulysse, Vincent Dupas, le chanteur du groupe et la clef de voûte de l’ensemble, est un voyageur. Un nomade pas pour la frime. Un errant. Son concert était présenté comme un carnet de voyages (oui parce que je lis le programme après). On entendit défiler des photographies un peu jaunies, bellement mélancoliques. Certaines liaisons furent douces, on passait d’une musique à une autre sans station par la case silence/applaudissements, comme un paysage qui change peu à peu à mesure de la marche. Ca me sembla très propre. Très bien fichu. Mais tellement maîtrisé que cela finit par être ennuyeux, comme les soirées diapositives de notre enfance au retour de voyage de tante Anne-Marie.

LES SIRENES

Dan San, le groupe qui suivit, fut une splendide découverte ! Le trio vocal formé par les deux guitaristes et le bassiste m’impressionna grandement. Leur mélopée séraphique m’envoûta. A défaut de mât auquel m’attacher, j’avais une voisine au bras ferme qui me retint à ma chaise. Seul bémol, le violon électrique qui enflait inutilement, de mon point de vue, le lyrisme du chant (des voix comme des instruments).

NAUSICAA ET CALYPSO

Ladylike Lily m’apparut immédiatement comme la confusion de la nymphe Calypso et de la princesse Nausicaa : une petite fille très blanche, au minois charmant et à la silhouette gracile. Le tout emballé dans une seyante robe en crochet blanc. Las ! Elle chanta ! L’apparition quasi divine se transforma alors en berlingot. Un petit bonbon diaphane et acide. Une musique translucide, une voix stridente et des ondulations d’algue molle. Goûtant peu ce genre de friandise (probablement par peur de m’y casser les dents, comme toutes les vieilles personnes), je refluai donc de la salle au bar.

CHARYBDE ET SCYLLA

Craignant finalement de tomber de Charybde en Scylla et qu’après un si bon début, le chemin de l’Ascot ne me menât aux Enfers (où, clin d’œil à vous Charles, sa mère apparut à Ulysse), je m’exonérai de la suite des festivités. De toute façon, ma mise était trop approximative pour ce haut lieu de l’élégance britannique.

HEUREUX VOYAGE

En conclusion, une bonne soirée ! Une musique sur laquelle j’eus plaisir à voguer. La mer des tranquillités est douce aux navigateurs, surtout après les tempêtes du soir d’avant. Je pense au superbe “Mer calme, heureux voyage” de Mendelssohn. Décidément, heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage.

Louise de…

NB : l’apparition sur scène d’un jeune Rahan ourla d’une petite vague la mer étale qui baigne la région de mon cœur… Mais Louise se tint et ne chavira point !

Crédit Photo : Jérôme Sevrette

Les aventures de Charles et Louise de : Et la politesse ? Elle est derrière la chapelle…

 Je vous prie par avance de m’excuser mais hier soir, je n’étais pas très mélomane. Je digérais mes capsules d’huiles essentielles pour tenter de tenir jusqu’à samedi tard et j’en avais plein les talons de mes bottines. Alors, quel soulagement en entrant dans la chapelle de constater que le public était assis. Au chaud. Merci pour l’escale. Je me pose sur une chaise pas trop loin de la scène, je cherche mon petit confort, la soirée promet donc d’être calme, je vais me laisser envelopper, c’est promis, docilement. C’était trop d’espoir explosé en plein vol par les trois bavardes assises derrière moi qui alternaient envoi de sms et papotages assortis de gloussements. Moi qui étais tout disposé à me laisser envahir paisiblement, je me suis évertué pendant la moitié du set de My name is nobody à dresser des barrières arrière auditives pour contrer la nuisance sonore. Épuisant. Parce que je me laissais surprendre autant par les débuts et les fins des morceaux, ne sachant plus si les musiciens s’accordaient ou si c’était l’introduction d’une nouvelle chanson, applaudissant en retard de tout le monde, reconnaissant que le tout était propre et envoûtant, n’avait été ce parasitage grossier des trois femmes derrière moi. J’ai capitulé, je m’en excuse, j’aimerais beaucoup écouté cet après-midi Nobody is my name, seul, chez moi, laisser mon esprit divaguer et somnoler EN PAIX.

On connaît la routine : une bière, une clope, et en prévision du passage de Dan San, je réintègre la salle bien avant le début du set pour m’approprier une place au milieu du premier rang. Si je n’ai pas l’oreille attentive, autant me livrer à de petites expériences. Entre autres, celle de me donner l’impression que les musiciens ne jouent que pour moi. Laissez-moi rêver EN PAIX une demi-heure, s’il vous plaît.

Oh mon Dieu, j’ai droit à trois beaux spécimens masculins à quelques centimètres de mes mains, de mon corps, de mon moi tout réceptif. Louise de ne me contredira pas, on rêve parfois que la musique soit essentiellement masculine. Je jette mon dévolu sur le guitariste brun dégingandé et je ne le quitte pas des yeux. Je sens même l’odeur de sa sueur, c’est animal et magistralement amplifié par l’ensemble de voix sur plusieurs tons que forment les trois spécimens. J’aime beaucoup ses mouvements de jambes frêles et la crispation de ses traits quand il chante, sa mèche qui lui balaie les yeux. Je sais, c’est injuste pour la musique. Cependant, à les avoir presque sur mes genoux, j’en apprécie davantage leurs mélodies. C’est un bel ensemble, enfin je suis enveloppée, puis cette jubilation intérieure est ternie d’un coup par l’odeur de la pizza que se baffrent quatre personnes assises derrière moi. Y en a marre ! LA PAIX ! Laissez-moi à mes envolées hormonales, merde !

C’est un peu les nerfs tendus comme des cordes que j’aborde la prestation de Ladylike Lily. D’abord, moi j’ai fait la queue aux toilettes quand j’apprends que certain(e)s vont se soulager derrière le barnum dans la cour de la chapelle. Ensuite je subis les affirmations alcoolisées des uns et les exhortations à la fiesta obligatoire des autres, Rockos obligent. J’ai une mission, bon sang ! Je suis l’injustice incarnée ce soir et les autres m’y poussent, c’est évident. Alors quand la post-pubère Ladylike Lily entame son tour de chant en voix flûtée à grands renforts de minauderies adolescentes, je pense que Kate Bush a fait des ravages à avoir été écouté sans discernement par d’autres personnes que des quadras. J’en ai marre de ces femmes-enfants, donnez-moi de la femelle burnée qui n’en lâche pas pour autant ses atouts et qui en joue avec maestria (je songe à My brightest diamond qui m’a arraché des larmes dans cette même chapelle). Ce registre n’est pas le mien, il me hérisse plus qu’il ne m’apaise. Je le répète, je suis injuste car indéniablement, j’ai l’intuition que ce que j’entends est propre et maîtrisé.

Acariâtre comme je suis, je n’irai pas à l’after de L’Ascot, on connaît Charles, il serait capable de se battre.

Charles


Crédit Photo : Jérôme Sevrette

Les aventures de Charles et Louise de : E la nave va

 Il y a des temps dont on sait quand et comment il commence et dont la fin, par contre, se perd dans un brouillard épais qui empêche de les borner précisément. C’est comme en Histoire, quand le XIXe siècle s’attela au séquençage du temps en tranches : on décréta que le Moyen Age commençait en 476 (prise de Rome par les Barbares) mais se terminait quelque part entre le XVe et le XVIe siècle, les Temps Modernes s’ouvraient sur la rupture de 1789 pour aller jusqu’où ? aujourd’hui ? Et bien il en fut de même pour mardi soir : un début net (l’entrée sur scène des comédiens de “Please kill me”), une fin nébuleuse. Il faut dire que les deux groupes qui ont succédés à la Cie de l’Unijambiste (a.P.A.t.T et Secret Chiefs 3) nous ont agonis de sons. Difficile de ne pas ployer. La saturation sonore et la violence de la musique me fit l’effet d’un combat en duel. Il me fallait recevoir, sans me faire terrasser, la musique que l’on me jetait à la figure. Une lutte frontale s’engagea. Comme on penche la tête en tendant tout entier son corps dans un mouvement diagonal pour entrer dans le blizzard, je tâchai de trouver ma route dans ce flot dense et noir. Force est de constater que je perdis par KO (chaos ?). Naturellement, dans ma lutte, je tentai de me fortifier en ingurgitant bière sur bière, de sorte à irriguer parfaitement toute les parties de mon grand corps afin de le lier, de le rassembler dans une même énergie, propre à me tenir debout. Le liquide agit plutôt comme un poison. Il endolorit mes extrémités (Charles, je vous en prie) et me fit perdre le sens de mon propre corps. Dans ce torrent qui finit par m’emporter, quelques bouées me maintinrent provisoirement à la surface : une interprétation assez réussie de Bach et une “Danse macabre” massacrée. Cette belle danse est une des rares pages que l’on puisse sauver de l’œuvre bavarde de ce détestable Saint-Saëns. Comme on profane un tombeau, Secret Chiefs 3 lacéra cette musique. Le groupe la réduisit à sa trame rythmique la plus sèche. Un squelette assez vilain. Cela me mit en joie et, comme Charles l’a rapporté, j’improvisai une danse comme pour prendre part au meurtre de Saint-Saëns qui se commettait ce soir. Probablement jaloux de mon organe, Charles néglige de dire que je chantai également. Après ce bref retour à soi, je sombrai de nouveau, et cette fois pour longtemps, dans les limbes de l’éthylisme (qui ne sont pas ouatés mais bardés de piquants, j’en fis l’amère expérience).

Bon, revenons au début. “Please kill me”. Ce spectacle fut un bonheur (malgré l’absence de qualités littéraires du texte). Les gens peu à peu s’assirent à terre, l’attention se fit si épaisse qu’elle en devint palpable, le public se tint vraiment réuni dans l’écoute silencieuse. Comme ce fut agréable. Quelle excellente idée d’ouvrir la soirée par des mots dits, par du récit ! “Please kill me” raconte l’histoire d’étoiles du rock’n’roll, l’histoire d’un âge d’or, d’une époque où les errances les plus glauques pouvaient mener au firmament. Ce qui me frappa, c’est que ce récit était celui d’un mythe, de mythes : Lou Reed, Iggy Pop, Andy Warhol, les années 60… Immédiatement, je pensai au très beau “Mythologies” de Roland Barthes. Chaque époque à besoin de figures et d’histoires dans lesquelles elle puisse s’identifier, qui la situent, l’inscrivent dans une continuité, un mouvement qui justifie nos existences. Ces groupes et cette époque ont aujourd’hui largement accédé au statut de mythes. Leur signification dépasse les personnages dans lesquels elle s’incarne. Ce qui est intéressant est d’entendre le marécage sur lequel ces mythes ont poussé : des histoires pas croyables de rancœur, de haine, de concurrence, de commerce, de sexe, d’acides… Les mythes sont des fabrications humaines. C’est la magnification d’un message, d’une idée qui peut emprunter n’importe quel canal, même pourri. Ces gens géniaux et abjects à la fois ont étaient élus par leur époque pour la représenter. Nous avons choisi nous-mêmes le miroir qui nous offrait l’image que nous nous faisions de nous. Instructif ! Merci la Cie de l’Unijambiste !

Louise de…

NB : on nous avait promis dans le programme que les aPAtT étaient drôles (“rigolade assurée”). Point de départ assez casse-gueule. Le rire, pas plus que l‘“ambiance” ou l’effet anti-âge des crèmes de nuit, ne se garantit vraiment. Tout au plus, je souris légèrement à certaines pitreries… A quel niveau se situe la franchise du contrat d’assurance ?

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Les aventures de Charles et Louise de : la folie lave plus blanc

 Troisième soir de concert, Charles en veut mais les Rockos sous Fervex, ça laisse peu de marge au plaisir dans la calebasse quand on a la migraine et les sinus encombrés. À la chapelle, il reste de la place au contraire de mon cerveau qui affiche complet. À l’extérieur, on nous dit que ça vient de commencer, bizarre, pas un bruit. Car ce soir, l’ouverture se fait en mots, en paroles rapportées qui tirent sous divers angles pour cerner deux légendes du rock. Bribes de souvenirs fusent des cinq comédiens qui se répartissent les témoignages au style faussement spontané de la bio à l’américaine. Moment « Question pour un champion », au bout de deux ou trois phrases, on buzze : Velvet, Lou Reed, John Cale. On s’installe dans le connu, on se laisse raconter. Il n’est pas question de tout savoir mais juste de donner une idée de l’ambiance crasse qui entoure l’icone. Idem pour Iggy Pop dont l’esquisse des débuts suivra. Étonnamment, on n’entend pas pouffer au bar, le public ne déserte pas les lieux, la parole n’atteint pourtant pas de hautes altitudes mais elle est vivante et bien portée. On se choisit une voix qu’on préfère, on l’attend, on change de partenaire à chaque tour de danse. Je me croyais le cerveau farci, les mots l’ont désembouteillé. Brillante initiative que cette proposition de lecture en pleines Rockos. Croiser les genres comme trinquer entre bière et vin, ça ne fait jamais de mal. Merci.

On enchaîne un verre, une clope, tout le monde a un peu retenu son souffle au cours de cette première heure et ça n’est pas plus mal parce que pour ce qui va suivre, il faut savoir où on habite. Après la cure de sommeil, une petite séance d’électrochocs ? Les hommes + une femme en blanc d’a.P.A.t.T (merci les gars pour taper ça au clavier, on y regarde à deux fois) retournent tous les meubles alors qu’on croyait les avoir bien arrimés au sol. En néophyte candide, je dirais qu’ils sont tous bonnement cinglés mais de cette folie contagieuse qui vous arrache de grands sourires et éclats de rires. Imaginez-vous juste un tour en autos tamponneuses quand vous percutez les autres en rigolant, repartez brusquement en arrière, à droite à gauche, vite, très vite. a.P.A.t.T vous fait recompter le nombre de pieds que vous avez, de toute façon une fois que vous avez chopé un tempo, ils en changent. Des virtuoses du déjanté qui parviennent même à me faire hurler comme une métalleuse entre deux morceaux (prévoir de racheter des pastilles).

Une bière, une clope, je croise Louise de qui fait visiblement l’expérience d’une sortie de route imprévue. En colère puis moins, ce doit être l’effet a.P.A.t.T. évidemment, le contraste est visible quand les Secret Chieftains 3 entrent en scène. Quitte à choisir une cellule, laissez-moi celle de l’asile plutôt que celle du monastère. Mon voisin ornithologue me dit « C’est une reprise de Beethoven », Louise de corrigera plus tard, « Non, Bach ». Virtuoses une fois encore, je n’en doute pas, il faut certainement avoir une certaine dose de religiosité en soi pour adhérer au son des Secret Chieftains 3 et moi, après les électrochocs, je bave un peu, je ne comprends plus rien. De la virtuosité filée et trop intelligente pour moi vraisemblablement. Et puis trop assourdissante, on entendait très bien depuis la cour où Louise de m’a livré une interprétation toute personnelle en entrechats de la Danse Macabre de Saint-Saëns. Il était temps d’appeler une dépanneuse.

Charles


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